Si vous avez acheté un parfum — ou des soins de la peau, ou des cosmétiques — ces dernières années, vous avez sûrement rencontré le mot « clean ». Il figure sur les emballages. Il est dans les noms de marques. C’est un filtre sur les sites des distributeurs. Ce terme est devenu l’un des plus influents dans l’industrie de la beauté.
Il n’a pourtant aucune définition légale. Ni en Amérique du Nord, ni dans l’UE, ni ailleurs. Aucun organisme de réglementation ne certifie un parfum comme « clean ». Il n’existe pas de norme commune définissant ce que ce mot inclut ou exclut. Quand une marque appose « clean » sur son étiquette, cela signifie ce que cette marque a décidé que cela signifie.
Ce n’est pas forcément un problème. Mais il est utile de le comprendre, car l’écart entre ce que « clean » suggère et ce qu’il garantit réellement est plus grand que ce que la plupart des gens imaginent.
Ce que « Clean » revendique généralement
La plupart des marques qui utilisent le label « clean » signalent une combinaison de ces éléments : le produit évite certains ingrédients jugés controversés (parabènes, phtalates, muscs synthétiques, certains conservateurs), il privilégie des ingrédients naturels ou d’origine naturelle, et il est présenté comme plus sûr ou plus sain que les alternatives conventionnelles.
Ce sont des idées séduisantes. Personne ne veut appliquer quelque chose de nocif sur sa peau. Le problème réside dans les détails — précisément dans le fait que ces détails sont presque entièrement autodéterminés.
Une marque peut exclure cinq ingrédients et se dire « clean ». Une autre peut en exclure cinquante. Une troisième peut n’en exclure aucun et utiliser quand même le mot, car rien ne l’en empêche. Le consommateur n’a aucun moyen fiable de comparer le « clean » entre les marques, car chacune corrige son propre devoir.
La question de la sécurité
La promesse implicite du parfum « clean » est la sécurité — la suggestion que le parfum conventionnel contient des ingrédients nocifs et que les alternatives « clean » les ont supprimés. Ce cadre est puissant. Il est aussi plus complexe qu’il n’y paraît.
Les ingrédients des parfums dans la plupart des marchés développés sont déjà réglementés. Dans l’UE, la réglementation cosmétique est parmi les plus strictes au monde, avec une liste de plus d’un millier de substances restreintes ou interdites. L’International Fragrance Association (IFRA) établit des directives supplémentaires suivies par la plupart des fabricants réputés. Les réglementations nord-américaines sont moins strictes mais imposent tout de même des limites sur les allergènes connus et les composés nocifs.
Cela ne signifie pas que tous les parfums conventionnels sont parfaitement sûrs pour tout le monde. Les allergies et sensibilités existent, et certaines personnes réagissent réellement à certains ingrédients — naturels comme synthétiques. Mais suggérer que le parfum non « clean » est globalement dangereux, ou que le parfum « clean » est catégoriquement plus sûr, est une simplification excessive.
Certains des ingrédients les plus souvent exclus par les marques « clean » — certains muscs synthétiques, par exemple — sont utilisés en parfumerie depuis des décennies sans preuve de danger à des niveaux d’usage normaux. Leur exclusion est souvent par précaution ou par philosophie plutôt que sur la base de preuves. C’est un choix valable. Ce n’est simplement pas la même chose qu’une exigence de sécurité.
« Naturel » n’est pas une garantie de sécurité
Une des idées reçues les plus tenaces dans le débat sur le « clean » est que les ingrédients naturels sont intrinsèquement plus sûrs que les synthétiques. Ce n’est pas vrai, et y croire peut en réalité vous induire en erreur.
Les huiles essentielles — entièrement naturelles, entièrement botaniques — sont parmi les causes les plus fréquentes de réactions cutanées liées aux parfums. Les huiles d’agrumes peuvent provoquer une photosensibilité. Le chêne-liège et la mousse d’arbre, prisés en parfumerie classique, sont des allergènes importants. L’huile d’écorce de cannelle est un irritant connu. Le camphre naturel, l’eugénol et le linalol peuvent tous déclencher des réactions chez les personnes sensibles.
Par ailleurs, de nombreuses molécules synthétiques ont été développées spécifiquement pour offrir des effets olfactifs similaires avec moins de risques de sensibilisation. Les muscs synthétiques ont remplacé le musc naturel (d’origine animale). Les alternatives synthétiques au bois de santal ont été créées en partie parce que le bois de santal naturel devenait rare et en partie parce que ces alternatives offraient une performance plus constante avec moins de réactions.
La division naturel versus synthétique est une question émotionnelle, pas scientifique. Les deux catégories contiennent des ingrédients parfaitement sûrs pour la plupart des gens et des ingrédients pouvant poser problème à certains. Les labels « clean » qui mettent en avant le naturel comme synonyme de sécurité jouent sur un ressenti, pas sur un fait.
Le problème de la transparence
Voici où les choses se compliquent vraiment. Les formules de parfums sont considérées comme des secrets commerciaux dans la plupart des juridictions, ce qui signifie que les marques ne sont pas légalement tenues de divulguer les ingrédients spécifiques de leurs parfums. Vous verrez « parfum » ou « fragrance » dans une liste d’ingrédients — un seul mot qui peut représenter des dizaines ou des centaines de composés individuels.
Certaines marques « clean » répondent à cela en divulguant volontairement la liste complète de leurs ingrédients, ce qui est vraiment louable et mérite d’être soutenu. D’autres utilisent le label « clean » tout en listant « fragrance » comme un seul ingrédient non divulgué — ce qui signifie que vous faites confiance à la définition de « clean » de la marque sans pouvoir la vérifier.
Si la transparence est importante pour vous — et elle devrait l’être — regardez au-delà du label « clean ». Cherchez des marques qui divulguent leurs ingrédients, qui citent des normes spécifiques qu’elles respectent (conformité IFRA, respect de la réglementation européenne), et qui peuvent expliquer leurs choix de formulation plutôt que de simplement énumérer ce qu’elles ont exclu.
Ce que nous avons choisi à la place
Chez Eau Eau, nous n’utilisons pas le mot « clean » pour décrire nos parfums. Non pas parce que l’intention derrière ce terme est mauvaise, mais parce qu’il est devenu si large et non réglementé qu’il communique moins qu’il ne promet.
Ce que nous faisons à la place, c’est être précis.
Nos parfums sont vegan — sans aucun ingrédient d’origine animale, jamais. Ils sont cruelty-free — sans aucun test sur les animaux à aucune étape du développement. Nos ingrédients sont sourcés à Grasse, France, où la chaîne d’approvisionnement et les standards de qualité sont parmi les plus établis au monde. Nous formulons en conformité avec les directives IFRA.
Nous utilisons à la fois des ingrédients naturels et synthétiques, car les meilleurs parfums — les plus complexes, les plus beaux, les plus durables — sont composés des deux. Nous n’excluons pas les synthétiques en tant que catégorie, car cela limiterait la qualité et la performance de nos compositions sans bénéfice réel en termes de sécurité.
Nous préférons être transparents sur ce que contiennent nos parfums plutôt que de nous cacher derrière un mot qui signifie des choses différentes selon les personnes. Si vous voulez savoir ce qu’un produit contient précisément, nos pages de collection fournissent des informations détaillées pour chaque parfum.
Ce qu’il faut vraiment rechercher
Si la qualité et la sécurité des ingrédients comptent pour vous — et elles devraient — voici un cadre plus utile que de chercher le mot « clean » sur une étiquette :
Conformité IFRA. L’International Fragrance Association établit les normes de sécurité les plus reconnues pour les ingrédients de parfumerie. Les formules conformes à l’IFRA ont été évaluées selon les recherches actuelles sur les allergènes, irritants et sensibilisants. C’est une norme significative et vérifiable.
Transparence des ingrédients. Les marques qui divulguent volontairement leurs listes d’ingrédients font un choix qui leur coûte un avantage concurrentiel. Ce choix mérite d’être récompensé.
Revendiquer des affirmations spécifiques plutôt que vagues. « Vegan », « cruelty-free », « conforme IFRA », « sans phtalates » — ce sont des affirmations vérifiables. « Clean » ne l’est pas. Cherchez les revendications spécifiques et évaluez-les sur leurs propres mérites.
Philosophie de formulation. La marque explique-t-elle pourquoi elle fait les choix qu’elle fait ? Une marque capable d’articuler son approche des ingrédients — pourquoi elle utilise certains matériaux, pourquoi elle en évite d’autres, quelles normes elle suit — est plus digne de confiance qu’une marque qui s’appuie sur un seul mot à la mode.
La position honnête
Nous ne sommes pas contre l’élan derrière le parfum « clean ». Le désir de produits plus sûrs, plus réfléchis, plus transparents est tout à fait légitime. Cela a poussé l’industrie dans une meilleure direction, et les consommateurs ont raison de poser des questions sur ce qu’ils appliquent sur leur peau.
Ce que nous encourageons, c’est le scepticisme envers le mot lui-même — pas envers les marques qui l’utilisent, mais envers l’idée qu’un seul terme non réglementé puisse tout vous dire. Ce n’est pas possible. Ce qu’il peut faire, c’est lancer une conversation. Les marques qui valent la peine d’être achetées sont celles qui acceptent de poursuivre cette conversation avec des précisions.
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